U comme Usurpation : mais qui a déclaré le décès de Félicité Frugier à la Guichardière (79) en 1889 ?

Félicité Frugier est décédée le 28 avril 1889 à la Guichardière commune de Tessonnière, dans les Deux-Sèvres.

Les lieux

La Guichardière est limitrophe de Louin, qui est le village autour duquel se déroule cette série d’articles pour le #challengeAZ. Je vous remets les cartes qui situent les Deux-Sèvres (79) en France, et le village dans les Deux-Sèvres.

Et voici la Guichardière.

La Guichardière fait partie de la commune de Tessonnière, mais je constate sur les recensements, en tous cas pour les années 1881 et 1886, qu’un bout de la Guichardière est également recensé à Louin. Ou est-ce un autre lieu-dit du même nom?

En tous cas la Guichardière recensée à Louin est très petite, par exemple en 1881 il y a : la famille GALLARD, lui maçon, sa femme et 3 enfants ; la famille ROUX, lui cantonnier, sa femme et un enfant ; un rentier ARNAUD et sa femme ; un rentier BERNARD, sa femme et une servante ; et 2 religieuses. La Guichardière recensée à Tessonnière, la même année, est bien plus conséquente : 61 maisons, 61 ménages et 163 individus.

L’acte

Voici l’acte de décès de Félicité Frugier.

Décès de Félicité Frugier, La Tessionnière (79), acte du 29 avril 1889. AD79 / Filae

Le 29 avril 1889, 7 h du matin, par devant nous CHOUP Anatole Marie, officier civil de la commune de Tessonnière, … sont comparus FRUGIER Philippe âgé de 54 ans demeurant à Chambon, profession de maçon qui dit être frère de la défunte, et CHESSERON Désiré 49 ans demeurant à la Guichardière profession de cultivateur qui dit être voisin de la défunte

Lesquels ont déclaré que FRUGIER Félicité profession aucune est décédée dans cette commune le 28 du présent mois d’avril à 4 heures du soir en son domicile à la Guichardière, ainsi que nous nous en sommes assuré, âgée de 67 ans, demeurant à la Guichardière, de son vivant célibataire née à Louin département des Deux-Sèvres, fille de feu Jean Frugier et de feue Marie Jeanne Desbordes

et ont les déclarants signé avec nous le présent acte, après qu’il en a été fait lecture, le sieur Chesseron ne sait signer. Les déclarants (signatures) P.Frugier, le maire


Et voici ce qui m’intrigue : qui est ce frère nommé Philippe Frugier, né vers 1835 si on en croit son âge sur l’acte ? Pour répondre à cette question, examinons le personnage, Félicité Frugier.

Le personnage

Félicité Frugier est la fille de Jean Frugier et de Marie Jeanne Desbordes. Jean Frugier est né à Lussac-les-Eglises (87) et s’est établi à Louin comme maçon. Son frère Philippe s’est établi à Louin comme maçon également. Tout sur sa famille dans Originaire de Lussac et sur les enfants de Jean et Philippe Frugier dans Tous ces cousins.

Félicité est donc une fille de Jean Frugier et de Marie Jeanne Desbordes. Elle est née le 11 février 1821.

Ensuite, je n’entends plus parler d’elle directement. On sait qu’elle a au moins cinq frères et sœurs, tout le monde est né entre 1819 et 1834. Plusieurs meurent enfants. Elle perd sa sœur ainée Magdeleine alors qu’elles ont toutes deux une vingtaine d’années (1841) et puis son frère âgé de 27 ans alors qu’elle en a elle 39 (1860). Elle reste la dernière survivante de la fratrie. Comme on est à la recherche d’un potentiel frère Philippe né vers 1835, je suis formelle : je n’ai jamais entendu parler de ce frère. Pas d’acte de naissance, aucun recensement, pas de trace. Je n’ai pas de preuve formelle qu’il n’existe pas non plus d’ailleurs.

Concernant Félicité Frugier, je ne lui ai pas trouvé de mariage, ce que confirme son acte de décès qui la dit célibataire. J’ai un indice qui suggère qu’elle est restée avec ses parents qui ont vécu longtemps : Jean Frugier décède en 1871 (82 ans) et Marie Jeanne Desbordes en 1873 (80 ans).

Les recensements de population sont précieux pour comprendre qui vit avec qui. Hélas, entre 1836 et 1872, à Louin, on a un trou. J’ignore pourquoi.

Mais le recensement de 1872 m’indique que Félicité Frugier, 51 ans (c’est vrai), profession revendeuse (?) vit avec sa mère dans le bourg. Sa mère s’appelle Marie Anne DESBORDES, veuve de Jean Frugier, chef de ménage, 71 ans.

Concernant la mère, son âge est faux : elle est née le 30 brumaire an 2 soit 20 novembre 1793, elle aurait donc plutôt 78 ou 79 ans. Son prénom est faux aussi, elle s’appelle Marie Jeanne, pas Marie Anne. Son nom de famille par contre n’est ni bon ni faux, il a passé son temps à osciller entre DEBORDE et DESBORDES. Et elle est bien veuve de Jean Frugier, décédé en 1871. Dans la colonne réservée aux commentaires sympas, il y a écrit : aliénée non dangereuse. Bref, Félicité Frugier s’occupe de sa vieille maman qui yoyote un peu et qui meurt l’année suivante.

Recensement Louin 1872

Je reperds la trace de Félicité Frugier et la retrouve grâce au recensement de 1876. Elle a 55 ans et vit dans le bourg de Louin, profession : marchande. Elle habite seule.

Recensement Louin 1876. vue 11/40 6 M 213 AD79

Je ne l’ai pas trouvée sur le recensement de 1881, ni à Louin, ni à Tessonnière. Il faudrait refaire ses registres, plutôt à Louin, j’ai dû la louper.

On passe en 1886. Rendons-nous à Chambon, sur la rivière Le Thouet, un peu à l’écart du bourg de Louin et à un peu moins de 3 km de la Guichardière. Ici vit la famille du meunier, mais surtout une autre famille, les Frugier. Philippe Frugier, sa femme et leurs quatre grands enfants : Suzanne, Michel, Amande et Emile. Ils ont de 23 ans à 17 ans, les filles sont « sans profession » et les gars maçons. … Et avec eux vit Félicité Frugier, 64 ans, sans profession, tante du chef [de famille]

Recensement Louin 1886, vues 37 et 38. AD 79

Philippe Frugier époux de Marie Magdeleine Poyrault est prénommé à l’Etat civil Jacques Philippe.

Tante du chef. Félicité Frugier n’est pas la tante de Jacques Philippe Frugier époux de Magdeleine Poyrault (Poireault), mais sa cousine. Je vous montre. La vie de tout ce monde est dans l’article Tous ces cousins


L’hypothèse

Félicité Frugier décède donc en 1889 et est alors dite domiciliée à la Guichardière, commune de Tessonnière. Pourquoi a-t-elle quitté Chambon, alors là, mystère. Les autres Frugier, Philippe, sa femme et ses enfants, sont toujours à Chambon en 1891. Tous ? Non, Suzanne, la fille ainée, vit dans le bourg avec son mari. Les autres sont encore là, et en prime ils ont la grand-mère, Rose Bergereau, 84 ans, « mère du chef« . Je crois que Rose Bergereau, veuve depuis plus de trois décennies, vivait auparavant chez son gendre veuf Louis GUION.

Bien, donc je ne sais pas pourquoi Félicité Frugier a quitté Chambon, commune de Louin pour la Guichardière, commune de Tessonnière à un moment entre ses 64 et ses 67 ans.

En 1889, ce ne peut être que son cousin Philippe Frugier qui a parcouru les 3 km entre Chambon et la Guichardière pour constater son décès puis aller le déclarer à la mairie de Tessonnière. Ce ne peut être que lui car :

  1. l’acte de décès indique que le déclarant Philippe Frugier soi disant frère est domicilié à Chambon. Philippe Frugier le cousin est domicilié à Chambon et il n’y a pas tant de monde que ça à Chambon (deux foyers)
  2. l’acte indique que le déclarant Philippe Frugier soi disant frère est âgé de 54 ans. Philippe Frugier le cousin est né en 1835 donc 54 ans en 1889, c’est bon
  3. Philippe Frugier le cousin était donné pour neveu de Félicité Frugier en 1886 (vu qu’elle était dite sa tante, suivez ?), là en 1889 il est donné pour frère. M’est avis que plus personne ne sait bien qui est Félicité Frugier, aîné de 14 ans de Philippe Frugier … neveu, frère, cousin, ça va on n’est pas trop loin
  4. Les signatures. En écrivant l’article Tous ces cousins, j’ai collecté les signatures (nombreuses) de Jacques Philippe Frugier dans l’idée de les comparer avec celle du Philippe Frugier soi disant frère.

Les signatures de Philippe Frugier

Ceci a été présenté dans l’article Tous ces cousins et légèrement corrigé (découverte d’une signature en 1885). Il y a trois époques distinctes : il signe d’abord Frugier Philippe, jusqu’à ses 30 ans. Puis Philippe Frugier. Enfin, à partir de ses 50 ans, toutes ses signatures deviennent : P.Frugier.

En 1889, on est dans la période 3, celle où il signe P.Frugier. Voici les signatures que j’ai collectées sur cette période. On est en plein dans les mariages de ses enfants, neveux et nièces. La signature à identifier est celle du déclarant du décès de Félicité Frugier.

Je pense qu’il n’y a pas débat, le Philippe Frugier qui a marié ses enfants et neveux et celui qui a déclaré le décès de Félicité Frugier ont exactement la même signature.

J’en conclus que le déclarant au décès de Félicité Frugier est son cousin Jacques Philippe Frugier, et qu’il n’y a pas d’usurpation, hou là là, qu’y aurait-il à usurper? Mais juste que personne ne savait plus bien si elle était sa sœur, sa cousine ou sa tante.

(mais quand même, pourquoi habitait-elle à la Guichardière ?)

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